En décembre 2024, le Conseil de la justice familiale a publié nouvelles orientations sur la façon de réagir à la réticence, à la résistance ou au refus inexpliqués d'un enfant (RRR) de passer du temps avec un parent et aux allégations de comportement aliénant. Bien que la RRR ait de nombreuses causes potentielles, elle a souvent été associée à l'aliénation parentale ou, comme le décrivent les nouvelles lignes directrices, à un comportement aliénant.
Ces orientations sont le fruit de l'une des plus vastes consultations de l'histoire du Conseil de justice familiale, qui a reçu 96 réponses différentes. Dans l'avant-propos de ce document de trente pages, Sir Andrew McFarlane, président de la Division de la famille et du Conseil de la justice familiale, explique le raisonnement qui sous-tend ce nouveau langage :
J'ai approuvé cet axe de travail pour le Conseil de justice familiale en sachant à quel point ce sujet est devenu source de division. Selon moi, ces orientations sont nécessaires pour garantir une plus grande cohérence d'approche entre les tribunaux, améliorer les résultats pour les enfants et les familles et protéger les enfants et les victimes contre les abus judiciaires.
Sir Andrew McFarlane, président de la division de la famille et président du conseil de justice familiale
Qu'est-ce que l'aliénation parentale ?
Il n'existe pas de définition légale de l'aliénation parentale et ce terme est désormais dépassé en raison de son association avec le terme pseudo-scientifique de ‘syndrome d'aliénation parentale’. Ce syndrome est considéré par le Family Justice Council comme un terme nuisible qui peut être exploité dans les litiges familiaux. Ce terme a été créé par Richard Gardner en 1985 et est basé sur ses observations cliniques et non sur des données scientifiques. Il n'est pas non plus reconnu par l'Organisation mondiale de la santé et n'est donc pas un terme exact.
Qu'est-ce que la réticence, la résistance ou le refus ?
La réticence, la résistance ou le refus (RRR) est un terme qui désigne les comportements liés à la réticence, à la résistance ou au refus d'un enfant dans sa relation avec un parent ou dans le temps qu'il passe avec lui. La réticence, la résistance ou le refus ont des causes diverses, dont l'une peut être un comportement aliénant, mais ce dernier n'est pas la seule cause. Les problèmes d'alignement et d'attachement peuvent entraîner une RRR sans qu'aucun comportement aliénant ne soit perpétré par un adulte.
Il peut s'agir, par exemple, d'un enfant qui refuse les contacts en face à face, qui refuse les appels téléphoniques, qui demande à un parent de ne pas assister à ses activités extrascolaires ou scolaires, ou qui est incapable d'exprimer des sentiments positifs à l'égard d'un parent.
Une explication des définitions et du langage utilisés dans le nouveau guide.
Le document d'orientation définit ensuite les termes suivants, qui sont abordés tout au long du document :
- Qu'est-ce que l'attachement, l'affinité et l'alignement (AAA) ? - L'attachement, l'affinité et l'alignement sont des raisons pour lesquelles les enfants peuvent favoriser un parent plutôt qu'un autre ou rejeter un parent. Il s'agit de réactions émotionnelles typiques aux expériences parentales et non du résultat d'une manipulation psychologique de la part d'un parent.
- Qu'est-ce que le rejet justifié approprié (RDA) ? - Le rejet justifié et approprié est une situation dans laquelle le rejet d'un parent par un enfant est une réponse compréhensible au comportement de ce parent à l'égard de l'enfant et/ou de l'autre parent.
- Qu'est-ce qu'un comportement aliénant ? - Les comportements aliénants sont des comportements de manipulation psychologique, intentionnels ou non, d'un parent à l'égard d'un enfant, qui ont entraîné la réticence, la résistance ou le refus de l'enfant de passer du temps avec l'autre parent.
- Qu'est-ce qu'un comportement protecteur ? - Les comportements de protection sont des comportements d'un parent envers un enfant afin de protéger l'enfant contre l'exposition aux abus de l'autre parent, ou contre un préjudice (ou un préjudice plus important) résultant de l'abus de l'autre parent.
- Qu'est-ce que la réticence, la résistance ou le refus (RRR) ? - La réticence, la résistance ou le refus sont des comportements d'un enfant concernant sa relation avec un parent ou le temps qu'il passe avec lui, qui peuvent avoir diverses causes potentielles.
Le changement de langage vise à aider les tribunaux à décider du bien-être de l'enfant en mettant l'accent sur l'impact sur l'enfant, plutôt que sur le comportement des parents. En outre, le guide vise à ‘informer les tribunaux et les professionnels du système de justice familiale au sens large sur la manière dont les allégations de comportements aliénants doivent être prises en compte et traitées ; en reconnaissant qu'il s'agit d'allégations qui peuvent survenir à différents moments du parcours contentieux et qui sont susceptibles d'être formulées en même temps que des allégations d'autres comportements préjudiciables, y compris la violence domestique ou d'autres formes de maltraitance à l'égard des enfants’.’
Pourquoi l'aliénation parentale est-elle désormais appelée comportement aliénant ?
L'abandon de l'expression ‘aliénation parentale’ s'explique en partie par le fait qu'il est encore fait référence au ‘syndrome d'aliénation parentale’, aujourd'hui discrédité. Ce syndrome est considéré par le Family Justice Council comme une pseudo-science nuisible qui peut être exploitée dans le cadre de litiges familiaux.
Le guide contient également un organigramme qui donne une vue d'ensemble de la procédure en cas d'allégations de comportements aliénants, en prévoyant des voies différentes selon qu'il y a ou non des allégations de violence domestique.

Lire le Orientation du Conseil de justice familiale sur la réponse à la réticence, à la résistance ou au refus inexpliqués d'un enfant de passer du temps avec un parent et aux allégations de comportement aliénant - décembre 2024
Quels sont les trois éléments d'un comportement aliénant ?
Les nouvelles orientations définissent les trois éléments qui doivent être réunis pour qu'un tribunal puisse conclure à l'existence de comportements aliénants :
- l'enfant est réticent, résiste ou refuse de s'engager dans une relation avec un parent ou une personne qui s'occupe de lui ; et
- la réticence, la résistance ou le refus n'est pas consécutif aux actions de ce parent à l'égard de l'enfant ou de l'autre parent, qui peuvent donc être un rejet justifié par l'enfant (AJR), ou n'est pas causé par un autre facteur tel que l'alignement, l'affinité ou l'attachement de l'enfant (AAA) ; et
- l'autre parent a eu des comportements qui ont eu un impact direct ou indirect sur l'enfant, entraînant une réticence, une résistance ou un refus de l'enfant de s'engager dans une relation avec ce parent.
Les trois éléments doivent être réunis pour qu'un tribunal puisse conclure à l'existence de comportements aliénants. Par conséquent, si un comportement n'entraîne pas de RRR, mais peut être considéré comme un mauvais comportement, il ne peut pas être considéré comme un comportement aliénant.
Les lignes directrices visent également à préciser que les problèmes d'alignement et d'attachement peuvent entraîner des RRR sans qu'aucun comportement aliénant ne soit perpétré par un adulte, et que l'absence d'explication claire pour les RRR d'un enfant ne confirme pas l'exposition à des comportements aliénants.
Quand les allégations de comportements aliénants doivent-elles être formulées ?
Le guide affirme qu'il est important que les allégations de comportements aliénants soient formulées dès le début de la procédure. Le document précise que :
Il incombe au tribunal de gérer les dossiers de manière rigoureuse afin d'éviter, dans la mesure du possible, que les comportements aliénants ne soient soulevés pour la première fois à un stade tardif de la procédure. Lorsque de telles allégations sont soulevées après la phase initiale de la procédure, il est important que l'affaire soit attribuée/réattribuée à un juge s'il semble y avoir une base solide de preuves nécessitant une détermination judiciaire de la question.
Comportement aliénant et violence domestique
Les nouvelles lignes directrices traitent des comportements aliénants dans le contexte de abus domestique. Ils reconnaissent que des allégations d‘’aliénation parentale" sont souvent formulées dans les cas de violence domestique, et qu'il est à craindre que ces allégations ne soient utilisées comme un moyen d'intimidation. ‘Il s'agit d'une ’forme de contrôle/abus post-séparation et d'une tactique judiciaire visant à réduire au silence les survivants d'abus domestiques (tant les parents que les enfants)". Les lignes directrices précisent également que les violences domestiques et les comportements aliénants ne doivent pas être automatiquement considérés comme équivalents. La violence domestique est un crime avec un préjudice reconnu et, en tant que tel, les comportements aliénants ne seront pas constatés dans les cas où les conclusions de la violence domestique ont entraîné un rejet justifié et approprié de l'enfant (AJR), des comportements protecteurs (PB) ou une réaction traumatique de la part du parent victime.
Conclusion
Les nouvelles orientations insistent sur trois points principaux : le bien-être de l'enfant ou des enfants doit être primordial, il existe de nombreuses causes de RRR et la présence de RRR ne doit donc pas automatiquement signifier la présence d'un comportement aliénant, et le terme ‘aliénation parentale‘ ne doit plus être utilisé en raison de son utilisation courante en référence à une terminologie pseudo-scientifique réfutée.
Questions fréquemment posées sur les comportements aliénants
Le comportement aliénant fait référence à des actions de manipulation psychologique de la part d'un parent qui ont un impact sur la relation de l'enfant avec l'autre parent. L'expression “aliénation parentale”, autrefois couramment utilisée, est désormais évitée en raison de son association avec le “syndrome d'aliénation parentale”, qui a été discrédité.”
Les tribunaux évaluent si la réticence, la résistance ou le refus (RRR) de l'enfant à s'engager avec un parent est dû au comportement de l'autre parent, plutôt qu'à un rejet justifié, à des problèmes d'attachement ou à d'autres facteurs. Les trois critères énoncés dans le guide doivent être remplis pour que l'on puisse conclure à un comportement aliénant.
Oui, les allégations de comportement aliénant peuvent influencer les décisions relatives à la garde des enfants, mais elles doivent être soulevées dès le début de la procédure et étayées par des preuves. Les tribunaux veillent à ce que toute intervention donne la priorité au bien-être de l'enfant.
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